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Congés massifs après rachats d'immeubles : Genève face à la spéculation locative

Des dizaines de locataires genevois ont reçu leur congé après des rachats d'immeubles à prix élevés. L'ASLOCA dénonce des rénovations prétextes, le canton rappelle le garde-fou de la LDTR.

26 juillet 2026·3 min de lecture·Rédaction Numea
Congés massifs après rachats d'immeubles : Genève face à la spéculation locative

Le phénomène prend de l'ampleur et secoue le bout du lac. Selon une enquête de la RTS diffusée le 25 mars 2026, des dizaines de Genevoises et de Genevois ont été sommés de quitter leur appartement à la suite d'un changement de propriétaire de leur immeuble. Ces résiliations serviraient à augmenter les loyers après des rachats d'immeubles à des prix jugés démesurés.

Des cas emblématiques

Le reportage de la RTS documente notamment le cas d'une locataire de 92 ans, sommée de quitter l'immeuble de la rue Butini qu'elle habite depuis 53 ans, après le rachat du bâtiment pour 14 millions de francs au printemps 2025. La régie justifie le départ de tous les locataires par des travaux de rénovation et une surélévation. Selon l'ASLOCA, plus d'une dizaine d'immeubles genevois seraient concernés par des congés massifs, dont les immeubles du boulevard Carl-Vogt, révélés en janvier, et un bâtiment à la place des Augustins, comme le rapporte Le Temps. La juriste de l'ASLOCA Rafaella Willig conteste la nécessité de vider les immeubles : les travaux prévus ressembleraient aux chantiers ordinaires menés en milieu habité, la rénovation servant de prétexte pour relouer plus cher.

La rue se mobilise

La contestation a pris une tournure publique le samedi 28 mars 2026 : environ 400 personnes ont manifesté à la Place de Neuve contre la spéculation immobilière et les expulsions, à l'appel de collectifs d'habitants et de l'ASLOCA, selon Le Temps et Keystone-ATS. Les manifestants ont appelé les autorités à faire appliquer la LDTR, la loi genevoise qui protège les locataires en cas de démolition, transformation ou rénovation.

Ce que peut (et ne peut pas) le canton

Interrogé par la RTS, le conseiller d'État Nicolas Walder, en charge des questions de logement, se montre prudent : limiter ces résiliations est délicat car elles relèvent du droit du bail fédéral. Le canton rappelle néanmoins ses instruments : les loyers après travaux soumis à la LDTR sont contrôlés par l'État, pendant cinq ans en cas de rénovation lourde, et toute fixation ultérieure doit respecter les règles du droit du bail. Le conseiller national Christian Dandrès estime pour sa part que l'État a tous les outils en main pour empêcher ces pratiques, importées selon lui de Suisse alémanique, à condition d'appliquer correctement les dispositifs de protection existants. Du côté des milieux immobiliers, Yvan Ballif, président de l'USPI Genève, conteste totalement l'idée d'une spéculation, invoquant un marché fortement réglementé et la nécessité de mettre les bâtiments anciens aux normes.

Un enjeu juridique et politique durable

Le dossier illustre la friction croissante entre droit du bail fédéral, qui autorise le congé ordinaire sous réserve d'abus, et législation cantonale de protection de l'habitat. La jurisprudence récente du Tribunal fédéral distinguant congé pour rénovation et congé pour démolition, relevée par les praticiens en début d'année, jouera un rôle clé dans les contentieux à venir devant la Chambre des baux et loyers. Avec la votation LDTR de septembre en toile de fond, la question des congés collectifs s'impose comme le sujet immobilier majeur de l'année politique genevoise, et un dossier à suivre attentivement pour les bailleurs, régies et locataires du canton.

Sources : rts.ch (25 mars 2026), letemps.ch (28 mars 2026), asloca.ch, ge.ch (documentation LDTR de l'OCLPF).

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